Swedish teenage climate activist Greta Thunberg arrives to board the Malizia II boat in Plymouth, Britain, August 14, 2019. Kirsty Wigglesworth/Pool via REUTERS

Ni ange ni démon, Greta est un symptôme

Star incontestée de 2019, la « petite fille énervée » nous a accompagnés toute l’année durant, à vélo, en bateau, à l’O.N.U, à la campagne, à la plage… une véritable collection d’albums de « Martine » ! S’entre-déchirant à son sujet, par éditoriaux interposés, les médias ne nous auront rien épargné, suivant Greta dans ses moindres faits et gestes. Et passant, peut-être, à côté de l’essentiel.

Si une personne doit être représentative de l’année qui s’achève, c’est bien Greta Thunberg. Venue de nulle part, la jeune militante écologiste a, dans un premier temps, ému aux larmes la planète entière, avant que les « ravis de la crèche » ne cèdent la place aux éditorialistes qui, dans une large majorité, l’ont descendue en flamme. Illégitime, incompétente, manipulée, instrumentalisée, caricaturale… Tout y est passé, avant qu’une troisième vague ne vienne à son secours, accusant ses détracteurs de sectarisme et de machisme anti-jeune. Enfin, ce sont des religieux qui voient en elle soit une prophétesse soit une « remplaçante de Jésus » (rien que ça…). Au total : une belle bronca médiatique, spectaculaire et sans grande signifiance. Or, quand on observe Greta Thunberg admonester le public pétrifié à travers ses discours lardés de reproches et d’accusations, en dehors de l’émotion qu’elle peut susciter, de l’interrogation sur ses compétences, sa légitimité ou la pertinence des sujets qu’elle développe, une question, beaucoup plus grave, oubliée des commentateurs bruyants, mérite d’être posée : comment en est-on arrivé à engendrer une génération aussi dépressive, plaintive et pleutre face à l’avenir ? Au-delà de cette petite Greta (post Millénial), ce sont tous les millénials (nés après 90) qui affichent ainsi, pour une grande part d’entre eux en tous cas, une peur de l’avenir totalement inédite, des inquiétudes face au chômage, à la précarité ou l’insécurité, climatologique ou autre. C’est la première fois qu’on peut entendre des gens de vingt ans parler de leur retraite, et tenir des discours pusillanimes, inimaginables il y a encore quinze ans. Une première dans l’histoire ! La génération des années 20 est allée faire la Guerre et, malgré ses traumatismes, elle a ensuite reconstruit une Europe ravagée et fait naître les baby-boomers (nés après 45) qui ont engendré les trente glorieuses. La génération X (née entre 1965 et 1980) a ouvert les yeux sur un monde en crise (pétrolière, chômage…). Aucune de ces jeunesses successives ne s’est jamais inquiétée de son avenir. Jamais de cette façon. Baby-boomers, et « X génération » se sont jetés dans l’existence avec l’insouciance et la confiance qui, de tous temps, ont caractérisé la jeunesse. La société que nous avons construite a engendré une angoisse qui a contaminé les jeunes générations à l’image de Greta et de ses grimaces anxiogènes. Les problèmes de climat seront pris en compte et réglés (ou pas) en dehors des pleurs et des récriminations de Greta Thunberg. Voilà la réalité, qui s’écarte du grand cirque spectaculaire engendré par des médias qui ont gonflé cette héroïne militante jusqu’à la transformer en une énorme baudruche obscurcissant le paysage tout entier. Il reste son visage, l’expression terrible de son angoisse, un « cancer » qu’elle porte avec bon nombre de gens de sa génération. À l’heure où les radicalismes, nationalismes et communautarismes intolérants fleurissent de toutes parts, ce symptôme-là, de peur renfrognée, est tout aussi inquiétant que les problèmes de climat. Ph. P.

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